Promouvoir les langues créoles : pourquoi et comment ?
- Frenand Léger

- 25 oct. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 oct. 2025
Communication donnée au Toronto City Hall dans le cadre de la célébration du mois créole le 18 octobre 2013 par Frenand Léger.
Mesdames, Messieurs, avant de commencer je dois me justifier auprès de vous pour deux raisons. La première est liée au choix du sujet de ma communication. Je sais que ceratins d’entre vous, linguistes et/ou professeurs à l’université, le trouveront trop général, et peut-être même un peu élémentaire. Sachez que c’est un choix conscient fait dans le but d’atteindre le plus grand nombre et surtout les premiers concernés par la question. La deuxième raison de me justifier, et surtout de m’excuser auprès de mes compatriotes, locuteurs natifs du créole ici présents, réside dans l’utilisation du français pour parler de la promotion des langues et des cultures créoles.
Dans le cadre de la célébration du mois créole dans la ville de Toronto, on m’a demandé de parler, en anglais ou en français, sur un sujet de mon choix en relation avec la langue et la culture créole. Si je pouvais choisir le sujet précis à présenter, il n’en était pas de même quant à la langue dans laquelle je devais m’exprimer. Le contexte canadien et surtout mon auditoire composé de locuteurs de différents créoles à base lexicale française, anglaise, hollandaise, et espagnole, m’obligent à utiliser le français ou l’anglais pour des raisons pratiques et évidentes de communication. Pour conséquent, si j’ai décidé de faire cette allocution en français et non en créole haïtien, ce n’est nullement dans l’intention de reproduire le comportement démagogique de la plupart de nos leaders communautaires et intellectuels créolophones qui prétendent défendre ou promouvoir la culture créole en utilisant exclusivement le français ou l’anglais. Nous savons tous que la meilleure façon de promouvoir une culture c’est d’utiliser systématiquement la langue dans laquelle cette culture est exprimée. C’est pour cela que je voudrais tant pouvoir m’adresser à vous en créole, en créole haïtien, cette langue si poétique, si imagée qui nous permet, nous Haïtiens, d’exprimer nos pensées, nos sentiments et nos émotions avec une aisance qui n’est possible que dans cette langue puisqu’il s’agit de notre langue maternelle. Mais, malgré tout, je suis contraint d’utiliser ici le français ou l’anglais, car le Canada, ce pays qui nous a si gracieusement accueillis, est officiellement bilingue. Il est donc tout à fait logique d’utiliser l’une des deux langues officielles si je veux me faire comprendre par ceux et celles ici présents dans la salle qui ne parlent pas le créole haïtien.
Quant au choix de la matière à discuter, j’ai opté pour un sujet qui, à mon avis, concerne tout le monde, particulièrement tous les créolophones. Je crois fermement que nous avons tous intérêt, en tant que créolophones fiers de l’être, à faire sérieusement la promotion de notre culture et ceci à tous les niveaux. Au niveau individuel, dans la famille, au niveau des organisations par l’intermédiaire des leaders qui organisent des activités sociales et aussi par le biais de ceux qui investissent dans le commerce, tels les propriétaires de magasins, de restaurants, de boîtes de nuit etc. La promotion de soi, de sa culture doit naturellement commencer à la maison. Les parents d’origine créole ont un rôle capital à jouer dans la promotion de la culture créole. C’est à eux d’inculquer très tôt à leurs enfants ce sentiment de fierté d’appartenir à une famille qui fait partie d’une communauté créole qu’elle soit jamaïcaine, mauricienne, guadeloupéenne, ou haïtienne. Le problème c’est que, la plupart des familles immigrantes qui viennent de ces pays créolophones comme la Jamaïque ou Haïti, pensent qu’ils doivent délaisser leur langue d’origine afin que leurs enfants puissent mieux s’approprier la langue de la société d’accueil pour pouvoir s’intégrer ...



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